Croisière à bord du Campana
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Les Camelots du Roi à bord du Campana

Le mardi 4 septembre, plusieurs centaines de royalistes de toutes les conditions et de toutes les provinces s'embarquaient à Marseille sur le Campana, splendide paquebot de la Société générale des Transports maritimes à vapeur, pour effectuer une croisière qui les mènerait à Gênés, à Naples et en Sicile. Ce voyage, dont l'itinéraire était capable de tenter la curiosité du plus indifférent, allait prendre une signification toute particulière à Gênes, où Monseigneur le Comte de Paris, Dauphin de France, devait s'embarquer et honorer de son auguste présence la croisière du Campana. Avant le départ, Charles Maurras et Maurice Pujo recevaient amicalement leurs confrères de la presse marseillaise et les représentants des journaux qui allaient suivre la croisière. S'adressant particulièrement à la presse provençale, qui ne cache pas la vérité quant aux magnifiques rassemblements royalistes dont leur région est le théâtre, Maurras se réjouissait du nom que portait le navire. Campana, c'est le nom d'un port de la République argentine, mais Campana signifie également cloche, et Maurras évoquait le souvenir de Mistral qui compara le génie latin au génie de la cloche sonnant haut et loin.

Au nom des Camelots du Roi, Lucien Lacour salua en Maurras et en Pujo les maîtres du journalisme et les directeurs de la pensée royaliste française et, rappelant éloquemment les autres départs qui eurent lieu de ce même rivage pour les Croisades, il évoqua la mémoire héroïque et vénérable de saint Louis, l'ancêtre et le modèle de nos rois très chrétiens. Le signal du départ est donné vers 21 heures, et le navire s'éloigne du môle de La Pinède pendant que les Camelots entonnent la Royale et que nos amis de Marseille allument des feux de bengale le long de la côte de l'Estaque et de la Pointe-Rouge et jusque sur les hauteurs de Notre-Dame de la Garde, salut de ceux qui restent à ceux qui partent, dernier au revoir et message de fidélité et d'espoir de la terre de France, à l'héritier de nos Rois, au gentil Dauphin, espérance suprême de la patrie.

A GENES

Favorisé par un temps superbe, le Campana faisait, le lendemain 5 septembre vers midi, son entrée dans le port de Gênes, accueilli par les amis de l'Action française qui habitent dans la région ou qui s'y trouvaient de passage. Dès qu'ils reconnurent Maurras, ce furent des acclamations sans fin en l'honneur de celui à qui nous devons le renouveau de l'idée monarchiste en France. Bientôt, vêtu d'un complet gris, arrivait d'un pas rapide et souple Monseigneur le Comte de Paris, qui fut accueilli à bord du Campana par Charles Maurras et Maurice Pujo, salué par les fanions des Camelots du Roi aux couleurs des régiments de l'ancienne France. Le Dauphin fit son entrée au milieu des applaudissements et des vivats des passagers. Tous étaient séduits par l'éclair de ce premier regard, par le charme royal qui émane de sa personne, par la simplicité exquise de ce jeune prince qui prend contact avec les siens en serrant les mains, en adressant d'aimables saluts à ses compagnons de route. A quatre heures de l'après-midi, une délégation des passagers du Campana, à laquelle s'étaient joints de nombreux amis venus de Nice en autocar, se rendait au Campo Santo de Gênes et déposait des fleurs au pied du monument aux morts.


Les Camelots du Roi acclamant le Prince à Gènes

Des paroles d'amitié furent échangées par Maurras et le président des combattants italiens. Maurras ne pouvait, à son grand regret, continuer la croisière, retenu par des obligations inéluctables. Il fit ses adieux à Monseigneur le Comte de Paris et, pendant que le navire s'éloignait, il fut salué par les acclamations des passagers.. Le Prince lui-même, debout sur la passerelle, tint les yeux fixés sur Maurras jusqu'à ce que sa silhouette eût disparu. Le Campana quittait Gênes à 17 heures pour arriver à Nâples le 6 septembre à 17 h 30. Durant la traversée, vers 11 heures du matin, Monseigneur le Comte de Paris reçut dans son salon particulier les journalistes présents à bord. Le Prince leur exprima la joie qu'il éprouvait à se trouver au milieu de ses amis et voulut bien répondre à toutes les questions avec une précision et une netteté qui frappèrent tous les journalistes. Très intéressé par le problème des corporations, Monseigneur le Comte de Paris indiqua comment il concevait l'organisation corporative que, seule, la Monarchie peut réaliser dans le cadre de la région. « La Monarchie, conclut-il, a été une révolution perpétuelle. » Les membres de la presse ne cachèrent pas combien ils avaient été frappés par la maturité d'esprit et la rectitude de jugement de ce jeune Prince. Les nombreux articles qu'ils envoyèrent à leurs journaux prouvent surabondamment la profonde impression faite par notre Dauphin sur ses compagnons de route de quelques jours.

A NAPLES

Aussitôt que le Campana eut abordé, les passagers s'élancèrent sur le quai. Quelques Camelots du Roi allant se baigner à Santa-Lucchia, le Dauphin, aussi bon nageur qu'aviateur intrépide, voulut prendre part à la fête et, tout simplement, comme eût pu le faire Henri IV, se joignit à la bande. Détail intime, qui montre quelle charmante familiarité s'était établie entre le Prince et ses compagnons de voyage, quand Monseigneur le Comte de Paris, sorti du bain, se fut aperçu qu'il avait oublié son peigne, il voulut bien accepter l'offre que lui fit un Camelot de lui prêter le sien. La journée du 7 septembre fut employée, par un grand nombre de passagers, à visiter Naples et Pompéi ; quelques intrépides firent même l'ascension du Vésuve. Monseigneur le Comte de Paris allait déjeuner à Capodimonte, chez son auguste soeur, Mme la Duchesse d'Aoste, puis il prit un bain avant de s'embarquer de nouveau. A 19 heures, le Campana reprenait sa route vers la Sicile. Après le dîner, on organisa un bal à bord et le Dauphin ne cessa jusqu'au matin de danser intrépidement ou de causer avec les uns et avec les autres. Chacun était émerveillé de son abondante information et de la clarté de ses idées, chacun se plaisait à envisager l'avenir du pays avec un roi aussi bien doué, aussi pénétré de la grandeur de son métier.

A PALERME

Il était 6 heures du matin quand le Campana entra dans le port de Païenne, entouré bientôt des nombreuses barques des marchands d'oranges, de pastèques et de raisins. Les voyageurs débarquèrent et commencèrent à visiter la ville, rendue plus admirable par cette matinée lumineuse.A midi, Monseigneur le Comte de Paris présida le repas des Camelots du Roi dans la salle des troisièmes. Son entrée fut accueillie par une acclamation délirante. Dès les hors-d'oeuvre, les chants bien connus des Camelots et Etudiants commencèrent à faire vibrer les échos du navire. Tour à tour, le Duc et la Duchesse de Guise, la Comtesse de Paris, le Prince Henri, les chefs de l'Action française, présents ou absents, surtout Charles Maurras et Léon Daudet, reçurent des hommages de fidélité, d'affection et de dévouement. Au dessert, Marcel Langlois parla en termes parfaits et le Prince voulut bien dire à l'assistance, qui s'était levée pour l'entendre, son émotion et sa joie de se trouver au milieu des Camelots. Quand le Dauphin leva son verre à la France, tous les yeux étaient pleins de larmes. A 16 heures, les passagers et les officiers du Campana se rendirent au Palais d'Orléans, dont Monseigneur le Comte de Paris leur fit les honneurs avec une exquise bonne grâce. Un buffet décoré de délicates guirlandes de fleurs était servi dans le jardin où flottaient encore les images dorées du mariage du Dauphin et de la Dauphiné.

SUR LE CHEMIN DU RETOUR

Il fallait, hélas! songer au retour, et le Campana quitta Palerme dans la soirée du 8 septembre. Comme la veille, on dansa fort avant dans la nuit. Le lendemain 9, toute la journée se passa entre ciel et mer. A 8 heures, une messe basse réunit de nombreux fidèles, puis, à neuf heures, la grand'messe fut chantée dans le grand salon du navire. Au premier rang, Monseigneur le Dauphin suivait avec piété la célébration du Saint Sacrifice. L'officiant prononça ne émouvante allocution et, à la, fin de la messe, entonna le Domine salvum fac regem, qui fut repris en choeur par toute l'assistance. Monseigneur le Comte de Paris voulut bien, au cours de la matinée et de l'après-midi, accueillir tous les passagers qui ne lui avaient pas été présentés et il tint à causer longuement avec chacun de nos amis. Dans le courant de la journée, des télégrammes enthousiastes furent expédiés à Monseigneur le Duc de Guise et à Madame la Duchesse de Guise, à Mme la Comtesse dé Paris, à Léon Daudet et à Charles Maurras, dont la pensée était toujours présente à bord du Campana. Le soir, à 20 heures, le Prince réunit les matelots de l'équipage, à qui notre ami Darnange fit un exposé de la doctrine corporative, puis Monseigneur le Comte de Paris leur adressa quelques paroles auxquelles tous répondirent par un enthousiaste cri de : Vive la France! Un mécanicien du Campana, racontant quelques jours après sa croisière à des camarades, concluait : « Je suis redevenu Français ».

Des divertissements avaient été organisés par les Camelots. Après la farandole menée par Servan, le bal commença : il devait durer jusqu'à 4 heures du matin, mais, à 22 heures, il fut interrompu par un concours de chansons qui obtint le plus vif succès. On applaudit tour à tour Mme Duprateau, MM. Bernard Fauvel et Raymond Clèmoz, ce dernier interprétant une chanson de notre confrère Chancel: Quand le Roi reviendra par les Champs-Elysées. Les Camelots chantèrent aussi leurs couplets les plus fameux, notamment : La France bouge. A 7 heures, le Campana entrait dans le port de Gênes. Monseigneur le Comte de Paris voulut prendre son dernier repas avec les Camelots du Roi et lui-même donna le signal des chansons. Au dessert, après quelques mots émus de Lucien Lacour, Maurice Pujo lut un télégramme de Larache par lequel Monseigneur le Duc de Guise et Mme la Duchesse de Guise remerciaient les passagers du Campana de leur aimable souvenir de la veille. Puis Maurice Pujo prononça un magnifique discours dans lequel il résuma éloquemment les sentiments qui animaient tous les passagers du Campana : royalistes, membres de la presse, équipage, pour le gentil Dauphin dont la présence à bord avait été le charme de ce voyage. Il est impossible de résumer le discours de Maurice Pujo, qui fut comme un chant d'enthousiasme et d'espoir, de même qu'on ne peut rendre les accents émouvants de Monseigneur le Comte de Paris lorsqu'il répondit à Pujo. Comment écouter, sans en être profondément touché, la voix de ce jeune Prince qui connut l'exil à l'âge de 18 ans et qui a déjà passé huit ans hors de France, dévoré du besoin de servir et de se dévouer à sa patrie, comme l'ont fait ses ancêtres ? Comment ne pas être douloureusement ému par cette séparation prochaine qui allait succéder à ces quelques jours d'intimité familière ? On applaudit le discours du Dauphin et les coupés se levèrent à la santé du Roi Jean III, mais l'après-midi se passa tristement à bord du Campana. Vers 7 heures les Camelots formèrent la haie sur le pont et les passagers se massèrent derrière eux.

Le Prince passa lentement, franchit la passerelle et, du quai, assista au départ du Campana qui allait ramener en France ses amis, ses compagnons de route. Il ne cherchait ni à retenir ni à cacher ses larmes et ceux qui le laissaient sur la terre d'exil sanglotaient sans honte. Aussi longtemps que le Campana resta en vue de la terre, le Prince agita le bras en signe de salut et du navire lui venaient les adieux désolés et les accents de la Royale entonnée par les Camelots. Le beau voyage avec le Dauphin était fini, mais tous emportaient dans leur coeur le souvenir charmé de ce jeune Prince qui sortira bientôt de l'exil pour rentrer chez nous, chez Lui.

Almanach AF - 1935

 


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