L'affaire Thalamas et le culte de Jeanne d'Arc


Ce fut ensuite, toujours en novembre, le début de la fameuse affaire Thalamas, du nom d'un professeur qui avait été autorisé à ouvrir en Sorbonne, un cours libre sur la "Pédagogie de l'Histoire". Il s'était fait connaître par les abominables propos qu'il avait tenus en 1904 dans sa classe, au lycée Charlemagne, sur Jeanne d'Arc ; il affichait son désir d'en détruire le culte qu'il appelait la "Jeannolâtrie". Blamé par son ministre à la suite du scandale et de l'indignation de ses élèves, il fut muté à Condorcet où sa présence suscita encore de nombreux incidents.
La campagne épique, qui révolutionna le quartier latin pendant trois mois, eut les conséquences les plus étendues, tant par le développement qu'y prirent l'Action française et les Camelots du Roi, que par l'influence qu'elle exerça sur la politique même du gouvernement.
Les manifestations d'étudiants, menées par le groupe des Camelots du Roi, réunissaient plusieurs milliers de jeunes patriotes qui luttaient sans cesse contre les énormes moyens policiers mis en place pour imposer le cours Thalamas ; ces étudiants délivraient leurs camarades conduits aux poste de police en prenant d'assaut ces derniers.
Ils entrainaient ensuite la foule vers la statue de Jeanne d'Arc pour y déposer des fleurs et rendre hommage à l'héroïne nationale.
Dans les commissariats la vie s'organisait, avec, même, service de ravitaillement : bière, sandwiches étaient portés par les amis restés libres et le chant des Camelots retentissait aux oreilles des agents et du commissaire du 6e arrondissement.

 

Les bagarres de rues en 1908 à Paris étaient fréquentes

 

A partir de ce mois de décembre 1908, c'est tous les jours que les Camelots du Roi entretinrent la chronique. Le retentissement de leur campagne fut énorme à Paris ; en province, les journaux patriotes l'appuyèrent. L'Action française avait réussi à réveiller et à polariser l'opinion contre l'insulteur de Jeanne d'Arc.
Le premier procés fait à un Camelot du Roi eut lieu le 24 décembre : Serge Real del Sarte était accusé, il avait seize ans, de "violence à agent".
Le même jour, un groupe de 500 manifestants, conduits par Maxime Real del Sarte et les Camelots, se dirige vers le Sénat et envahit la cour du Palais aux cris de "A bas la République".
Les journaux poussèrent de hauts cris devant ce sacrilège, mais l'Action française prit la défense de notre ami, Maurras démontrant que le véritable agresseur était le grotesque Fallières, protecteur du traître Dreyfus.
Le 31 décembre, Maxime Réal del Sarte était condamné à quinze jours de prison pour "outrages à agents".

La campagne contre Thalamas dura trois mois, avec de nombreuses arrestations, toujours celles de Maurice Pujo, Maxime Real del Sarte, mais aussi Yves Real del Sarte, Henry des Lyons, Marius Plateau, Georges Bernanos et des dizaines de Camelots anonymes. Les inculpations plurent pour injures et violences à agent. Les jours, les semaines, les mois de prison tombèrent sur les Camelots, mais la république ne put arrêter ces jeunes patriotes.

 

 

La fessée

Le cour de Thalamas devait comprendre douzes leçons mais la onzième fut la dernière : Maurice Pujo avait réussi à s'introdruire dans l'amphithéâtre avec un groupe de Camelots, entrés deux par deux. Ils se saisirent de Thalamas, le couchèrent sur la chaire, lui mirent les fesses à l'air, se disputant l'honneur d'y taper dessus à tour de rôle!! L'un des plus motivés à cet excercice fut Lucien Lacour en particulier.
Sept Camelots furent arrêtés, avec Maurice Pujo, mais le total pour la journée fut d'une cinquantaine et Lucien Lacour sérieusemnt blessé par Thalamas lui-même qui lui asséna une chaise sur la tête alors qu'il était solidement maintenu par des agents... Le tribunal distribua à Pujo, et au sept Camelots arrêtés avec lui, un total de six mois de prison...

 

Maxime Réal del Sarte (à droite) et Marius Plateau (derrière) en prison!

Pendant que leurs chefs étaient pour la plupart en prison, les Camelots continuaient leurs campagnes nationales, brisant les statues élevées par les dreyfusards, telles que celles de Zola et le monument de Scheurer-Kestner qui défigurait le Luxembourg, organisant des réunions, des manifestations, récoltant encore des mois de prison, des blessures.
Cependant les Camelots de Roi se développaient si rapidement qu'il fallut fixer leurs statuts et leur donner une constitution régulière.
Le premier comité directeur des Camelots fut constitué par : Maxime Real del Sarte, président ; Henry des Lyons, secrétaire général ; Marius Plateau, Lucien Lacour, Armand du Tertre, Lucien Martin, Léon Géraud et Jean Dorange ; Maurice Pujo en faisait partie en tant que délégué de l'AF. Les conditions pour l'admission étaient sévères : 18 ans minimum, une enquête préliminaire s'étendant à la famille, aux relations, aux moyens d'existence connus, et un stage probatoire.

 

Un Camelot "conduit" au poste de police pour avoir tenté d'imposé le culte de Jeanne d'Arc au régime Républicain !

 

Le Duc d'Orléans, depuis son exil, faisait écrire par le chef de son Bureau politique, Roger Lambelin : "Le Prince sait que les progrès de l'idée monarchique, que tout le monde constate actuellement, sont dus en grande partie aux campagnes de l'Action française...je suis heureux de vous transmettre les remerciements de chef de la Maison de France"...
Dans le journal de gauche Gil Blas, un journaliste adversaire de nos idées écrivait : "Les deux tiers des étudiants en Droit sont monarchistes, ainsi qu'une bonne partie des élèves des Beaux-Arts et des Arts Décoratifs ; aussi à la Médecine existe un groupe important d'Action française et de Camelots du Roi".
Les actions des Camelots furent nombreuses jusqu'à la Grande Guerre. Lucien Lacour giflait Aristide Briand le 20 novembre 1910, en pleine inoguration du monument Ferry ; les étudiants d'AF et les Camelots mobilisaient le monde des écoles pour organiser le pélerinage annuel à la statue de Strasbourg, ce qui réveilla le patriotisme dans la jeunesse ; les Camelots, après trois ans de bataille et 10 000 jours de prison, arrachaient enfin, en 1912, la reconnaissance officielle du cortège déjà traditionnel de Jeanne d' Arc.

 

Prison de Clairvaux, début 1911. Gabriel de Baleine (à gauche) et Lucien Lacour (àdroite) incarcéré pour avoir giflé Aristide Briand en pleine inauguration d'un monument à Jules Ferry et fessé Thalamas, professeur en Sorbonne adversaire enragé de Jeanne d'Arc action pendant laquelle il fut sérieusement blessé. Loin d'être un activiste, il mettait selon ses paroles même, "la violence au service de la raison".

Le "Denier de Jeanne d'Arc" venait au secours des Camelots qui perdaient leur situation à la suite de quelque arrestation. Avec la discipline, il n'y avait rien de plus important que la tenue morale, ils étaient une "chevalerie sans peur et sans reproche".
Jusqu'à la fin août 1909 les sorties de prison s'échelonnèrent ; chaque sortie était l'occasion d'une manifestation nouvelle, allant fleurir les statues de Jeanne d'Arc et celle d'Henri IV sur le Pont-Neuf.
L'idée du Roi, l'espoir du Roi, qu'on croyait ensevelis depuis longtemps, avait repris brusquement une vitalité incomparable.

 

 

En 1912, un épisode heureux de l'histoire des Camelots montre bien que, en plus de l'enthousiasme joyeux, l'humour n'était pas absent de leur section.
Un Camelot de Roi, Gabriel de Baleine était en prison à Clairvaux depuis déjà treize mois (condamné à quinze mois). Deus Camelots parisiens,  Norbert Pinochet et Henri Bourgoin,  se firent passer,  au téléphone, auprès de M. Tissier, directeur de cabinet d'Aristide Briand, alors ministre de la justice, pour le président Raymond Poincaré et son secrétaire. Ils donnèrent l'ordre de libérer le prisonnier, en faisant publier par le directeur de cabinet de Briand le communiqué suivant : "Avant son départ de Paris, le Garde des Sceaux, M. Aristide Briand, a signé l'ordre de mise en liberté conditionnelle de Baleine qui était détenu à la prison de Clairvaux et qui a été mis ce matin en liberté."
Deux mille étudiants d'AF et Camelots, réunis aux Sociétés Savantes fêtèrent dans un immense éclat de rire le récit de cette libération que leur en fit Bernard de Vésins quelques jours après.

En 1913, en écrasant les bandes internationalistes qui cherchaient à soulever la rue, les Camelots rendirent possible à eux seuls le vote de la loi des trois ans (qui prolongeait la durée du service militaire), comme devait le reconnaître le président du conseil Barthou.
La part des Camelots du Roi fut considérable dans le redressement national par lequel la France fut sauvée.

 

 

 
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